A la une

Staci

Interview de Thomas Mortier, CEO de STACI

A l’écoute de ses clients qui apprécieraient une harmonisation des services au niveau européen, STACI est en expansion sur le continent. Thomas Mortier, président depuis 7 ans, mène dans cette direction et à bonne allure l’entreprise de logistique de picking tout en restant attentif à la qualité des services proposés. Emergence d’une marque européenne.
Thomas Mortier, président de STACI

Toute l’interview : https://www.europeeconomie.com/entretien-avec-staci-2018-09/

Europe Economie : Que signifie le nom STACI et comment traduire votre slogan « Flex-made logistics » ?
Thomas Mortier : Ce sont les initiales de Société de Transaction Agricole Commerciale et Industrielle. Le nom est assez large car lorsque la société a été créée en 1989, Jean-Pierre Masse, le fondateur, souhaitait réaliser beaucoup de choses et notamment de la vente de vin par correspondance. Finalement nous nous sommes spécialisés dans la logistique de picking il y a plus de 20 ans.
« Fabricant d’économies » était notre précédent slogan, on conseillait à nos clients d’externaliser leur logistique pour réaliser des économies. Notre slogan actuel « Flex-made logistics » peut être traduit en français par « Flexible dans la réalisation de prestations logistiques ». En effet, c’est la flexibilité qui nous caractérise.

Europe Economie : STACI va fêter ses 30 ans l’année prochaine, pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre société ?
Thomas Mortier : C’est une belle histoire, il y a eu beaucoup de croissance organique. Pendant plus de 20 ans nous sommes allés chercher de nouveaux clients tous les jours. Il y a eu aussi des rachats de concurrents en France et en Europe. En 2017, le chiffre d’affaires a été de 172 millions d’euros, en 2018 il s’élèvera à 225 millions selon nos prévisions. Du premier entrepôt que nous avons construit à Saint-Ouen-l’Aumône au début, nous avons maintenant 27 entrepôts en France, pays que nous couvrons entièrement, et 40 au total en Europe. Aujourd’hui STACI emploie 1 900 salariés et 300 intérimaires au service de 500 clients.
Pour ma part, j’ai rejoint STACI il y a 22 ans comme directeur des ventes et j’ai grimpé les échelons en même temps que la société grossissait jusqu’au poste de président lorsque Jean-Pierre Masse a décidé de se retirer de la direction il y a 7 ans.

Europe Economie : Qu’est-ce que la logistique de picking exactement ?
Thomas Mortier : Ce terme peut être traduit par logistique de détail. Il s’agit de gérer des commandes sur-mesure toutes différentes les unes des autres en contenu et en quantité, bien loin des palettes complètes standardisées. Nous apportons une valeur ajoutée de préparation et de conditionnement.

Europe Economie : Pourquoi vous êtes vous spécialisés dans le picking ?
Thomas Mortier : Notre cœur de métier est la logistique, certes, mais pas toutes les logistiques. Quand on a démarré STACI, nous nous sommes dit qu’il fallait se différencier. Nous ne voulions pas être sur l’autoroute de la logistique de palettes complètes qui est largement occupée par de grandes entreprises internationales. Etant plus petit, nous avons cherché une niche à valeur ajoutée.
J’ajoute que dans ce positionnement nous proposons des services complémentaires. Nous commercialisons un package complet comprenant du financement de stock, un centre d’appel et une boutique internet chartée avec les règles de gestion du client.

Europe Economie : Donc vous n’êtes pas qu’un simple entrepôt avec du transport.
Thomas Mortier : Tout à fait. Ce qui fait notre succès c’est de répondre aux attentes des clients avec un grand nombres de services complémentaires.

Europe Economie : Qui sont vos clients ?
Thomas Mortier : En B-to-B nous répondons aux besoins d’à peu près tous les secteurs sauf l’industrie lourde, comme l’aéronautique par exemple. Mais STACI peut aussi livrer directement les particuliers chez eux. Nous avons une capacité à nous adapter à une distribution Cross canal en gérant tous types de conditionnement : livraison au magasin, aux e-commerçants et livraison aux particuliers.

Europe Economie : On ne livre pas de la même manière un particulier qu’un magasin, comment faites-vous pour gérer des clients aux profils très différents ?
Thomas Mortier : Nous investissons 7 à 8 millions d’euros par an pour notre système informatique dont nous sommes propriétaire. Grâce à lui nous pouvons paramétrer toutes les typologies de nos destinataires, le système va donc automatiquement affecter le bon transporteur en fonction du destinataire, nous trouvons ainsi la meilleure solution.
De plus, nous sommes les seuls à avoir le même système d’information au niveau européen et à pouvoir offrir un service dans tous les pays avec le même reporting, la même boutique en ligne, les mêmes process. Le système est multilingue.

Europe Economie : Possédez-vous une flotte de camions pour le transport de marchandise ?
Thomas Mortier : Non, STACI sous-traite le transport auprès de 20 prestataires pour près de 50 millions d’euros d’achat par an.

Europe Economie : Vous avez acquit la société MDA au Royaume-Uni le mois dernier. Comment avez-vous trouvé cette cible et est-ce que cela a été facile pour une entreprise française d’acquérir une entreprise anglaise ?
Thomas Mortier : L’ex-actionnaire de MDA était une grosse société cotée à la Bourse de Londres qui détenait MDA à 100%. Quand il a vu que STACI avait accéléré son expansion européenne, il nous a approché, considérant qu’on avait de fortes synergies avec MDA, un métier et des clients identiques, et que cette activité pour eux n’était pas stratégique en termes de taille et de profitabilité. La négociation avec les Anglais n’a pas été simple, les discussions ont duré 8 mois pour se mettre d’accord sur l’ensemble des conditions d’acquisition. Les clients, de leur côté, ont tous été ravis car ils souhaitent de plus en plus l’harmonisation des services au niveau européen.

Europe Economie : En 2016 a été créée STACI UK Limited en Angleterre. Cette structure ne fait-elle pas double-emploi avec MDA ?
Thomas Mortier : STACI UK est une petite filiale que nous avions créée pour 4 clients. L’opportunité MDA nous permet de prendre une position dominante en Angleterre, et-ce très rapidement par rapport à du développement organique.

Europe Economie : Envisagez-vous d’être présent en Angleterre sous la marque MDA ou STACI?
Thomas Mortier : MDA va devenir STACI en Angleterre en 2019.

« Nous avons emprunté en Livres Sterling les fonds qui nous ont permis le financement de l’acquisition de MDA »

Europe Economie : Êtes-vous impacté par la différence de monnaie entre la Livre sterling et l’Euro ?
Thomas Mortier : De façon à minimiser les risques par rapport au Brexit, nous avons emprunté en Livres Sterling les fonds qui nous ont permis le financement de l’acquisition de MDA, ce qui fait que la variation de ce que nos partenaires financiers nous ont prêté va suivre la variation de la monnaie et donc de la valorisation de la société.

Europe Economie : Beaucoup de gens s’alarment du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Ne faut-il pas relativiser dans la mesure où les Anglais ont toujours gardé leur monnaie nationale et non jamais fonctionné sous l’Euro ? Quelle est votre opinion sur le Brexit ?
Thomas Mortier : D’abord, tous les Anglais que je rencontre me disent que cela a été une erreur stratégique d’avoir voté pour le Brexit. De là à se dire qu’ils vont revenir en arrière cela me semble un peu compliqué. On observe que dans leur négociation avec l’Union Européenne, les Anglais essayent au maximum et de temporiser, que çà ne se passe pas trop vite et n’importe comment, et dans limiter les impacts. Nous avons eu une discussion très importante avec nos actionnaires car lorsque nous avons acheté MDA nous nous sommes demandé si demain on n’allait pas se retrouver dans une situation avec une baisse du PIB Anglais qui ferait qu’on serait lourdement impacté. Nous avons conclu que, du fait qu’ils aient toujours gardé leur monnaie, qu’il y ait une bonne croissance en Angleterre, très peu de chômage, une vraie dynamique économique, il y aurait peu d’impact. Le Brexit peut toucher les marchés financiers, mais nous ne pensons pas qu’il puisse arrêter la consommation en Angleterre.

Europe Economie : Outre l’Angleterre, dans quels autres pays européens êtes-vous présents ?
Thomas Mortier : Nous avons démarré notre expansion européenne avec la Belgique, le deuxième pays a été l’Italie, puis en 2016 l’Espagne, le Pays-Bas et l’Allemagne.

Europe Economie : Est-ce une volonté réfléchie de votre part de vous développer à l’échelle européenne, ou est-ce le résultat d’opportunités qui se sont présentées à vous ?
Thomas Mortier : Une société sans stratégie claire est une société qui vacille. Notre stratégie repose sur 2 axes : diversifier la typologie des produits que nous gérons et l’international. Notre développement européen n’est pas le fait du hasard, nous voulions absolument être implantés dans tous ces pays d’Europe.

Europe Economie : Les entreprises que vous avez rachetées en Europe de l’Ouest vont-elles conserver leur nom actuel ou vont-elles être renommées en STACI ?
Thomas Mortier : Il est vrai que nous avons toujours repris de petites entreprises existantes pour ne pas démarrer de rien car cela coûte très cher de louer des entrepôts sans avoir de clients dans le cas d’une création d’entreprise. A terme, nous souhaitons avoir le même nom STACI partout sur le continent et créer un groupe européen. L’idée est d’harmoniser le service pour que le client ne nous signe plus un contrat seulement national mais européen.

Europe Economie : Vous n’avez cité que des pays de l’Europe de l’Ouest, qu’en est-il de l’Europe de l’Est et de la Russie ?
Thomas Mortier : Notre présence à l’Est se limite à la location de notre système d’information à XBS en Pologne. Néanmoins je me suis rendu en Russie il y a 1 an et demi, à Moscou. Il y a un intérêt et le marché est très gros. J’ai rencontré des gens très bien qui ont commencé à développer ce métier, mais pour le moment nous sommes concentrés sur des phases de consolidation de marché en Europe de l’Ouest. Monter les marches trop vite c’est prendre le risque de tomber.

Europe Economie : Suite à vos expériences, quel conseil donneriez-vous à une entreprise française qui voudrait s’implanter dans un pays d’Europe ?
Thomas Mortier : Pour ce qui de la vente de services, ce que l’on a pu constater au cours de ces 4 dernières années où il y a eu une vraie accélération du développement de STACI au niveau européen, c’est que chaque pays a gardé sa culture, sa langue, son networking et ses habitudes de commercialisation. Chaque pays étant particulier, nous avons décidé de nous associer dans chacun d’entre eux avec des locaux et de ne pas faire venir un manager français au poste de direction. Etant du pays, le dirigeant de la filiale va donc pouvoir adapter les méthodes françaises de STACI en fonction des particularités de son pays. De plus nous avons associé de façon très significative, jusqu’à 49% du capital, les dirigeants des filiales, STACI étant toujours majoritaire. Aujourd’hui c’est un vrai succès comme le prouve notre développement européen.

Europe Economie : Avez-vous un mot de conclusion ?
Thomas Mortier : Mon leitmotiv premier est la qualité de service. Nos clients se développent avec nous et ainsi ils nous emmèneront dans d’autres pays.

Propos recueillis par Olivier Roussard